Business Notes No 39

 

A.    CONJONCTURE :  VERS UNE REPRISE DIFFÉRENCIÉE

1.    Avec une prévision de croissance régionale du PIB de 6 % pour 2013 et 2014, c’est l’Asie qui sera le moteur de la reprise de l’économie mondiale. Au global, l’activité économique mondiale devrait atteindre + 3 % de croissance. Malheureusement pour l’Europe, son taux de croissance va s’écarter de celui des USA. Alors que les USA peuvent espérer + 2 % en 2013 et + 3 % en 2014, la Zone euro sera en contraction et restera proche de - 1 % de croissance. Comme le PIB est la somme des rémunérations distribuées aux facteurs de production, toute chute du PIB de la Zone euro est une réduction des rémunérations globales obtenues par les populations. 

2.    Le FMI parle « d’une reprise à trois vitesses » où les pays asiatiques et les pays en développement seront les locomotives suivies des wagons-USA qui s’accrochent et d’un groupe de voitures de queue-Europe qui se décrochent l’une après l’autre (l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la France étant en contraction de leurs activités respectives). Dans l’ensemble, les pays avancés ne devraient obtenir qu’une croissance de 2 % en 2013.

3.    Le point bas du cycle conjoncturel devrait bientôt être atteint, mais le panorama peu réjouissant de « l’économie réelle » contraste avec le panorama boursier des actions. Les indices boursiers des actions sont en hausse très nette (plus de 20 % depuis six mois) alors que les PIB des Etats ainsi  que la confiance des consommateurs stagnent.

 

B.   OÙ EST L’EXPLICATION ?  

1.    Ou bien les investisseurs en actions estiment que l’activité va redémarrer dans les six mois à venir, ou bien ils réagissent au fait que les taux d’intérêts des nouvelles émissions d’obligations peu risquées sont inférieurs au taux d’inflation. Le  taux d’intérêt réel des bonnes obligations est donc négatif. Aujourd’hui, on perd du pouvoir d’achat en achetant des obligations émises par les Etats qui gèrent le mieux leurs budgets et leurs dettes. Conclusion logique : seule la bourse avec sa hausse de cours depuis plusieurs mois permet de générer du rendement (plus-values potentielles en plus des dividendes). La seconde hypothèse semble la bonne.

2.    C’est que, pour donner un coup de fouet à la reprise, les banques centrales américaine (Fed), européenne (BCE) et japonaise (Boj) pratiquent l’arrosage du marché monétaire en offrant des quantités de monnaie pratiquement illimitées (quantitative easing = QE) à un taux proche de zéro %. Les replis boursiers actuels relèvent des prises de bénéfice des investisseurs qui ne veulent pas prendre plus longtemps un risque d’éclatement d’une « bulle boursière » alors que, de juin à septembre, les bourses sont souvent en baisse, que le QE semble devoir se réduire et que les taux à 10 ans haussent.

 

C.   VERS LE REDRESSEMENT DE L’EUROPE 

1.    Après trois décennies d’excès de consommation (privée et publique) financée par les dettes (privées et publiques), les populations et les politiciens européens ont pris conscience de l’aberration qu’il y a à reporter les charges financières et les remboursements des dettes, liées à leurs surconsommations actuelles, sur les générations futures.

2.    Malgré les nombreuses manifestations et les prises de position anti-rigueur, les ajustements structurels indispensables sont lancés partout en Europe (même en France depuis le mois de mai). Stabilisation et réduction des revenus du travail, des pensions et des allocations sociales, rallongement de la durée du travail, accroissements d’impôts et de taxes, suppression des dépenses publiques inefficaces et rigueur dans l’engagement des dépenses nécessaires, chasse aux fraudes, dissimulation de revenus et évasions fiscales, pressions sur les paradis fiscaux pour obtenir les noms et patrimoines de leurs clients étrangers etc., réduisent les pouvoirs d’achat. Le jeu de l’inflation, même faible, accentue ce mouvement d’érosion du pouvoir d’achat. Lorsque le pouvoir d’achat diminue, un double réflexe conduit à consommer moins et mieux ainsi qu’à travailler plus, donc à produire plus.

3.    Le « frugal management » n’est pas seulement à appliquer dans les entreprises européennes, il doit migrer vers les services publics et les ménages. C’est le « coût » à supporter pour redevenir compétitif face aux entreprises des pays asiatiques et émergents qui travaillent en  « low cost » par rapport à nos entreprises « hight cost ».

4.    Aujourd’hui, on constate déjà que les balances commerciales des Etats européens redeviennent positives et que la balance commerciale de la Zone euro l’est aussi. On consomme moins que ce qu’on produit. Cela fait que l’excédent peut être vendu à l’exportation. Les carnets de commande des entreprises se redressent, l’indice de confiance des entrepreneurs s’améliore, les indicateurs avancés de l’OCDE sont orientés de manière favorable. Ce sont des indices significatifs de redressement. Pour que le ciel se dégage vraiment, il reste à diriger les montants considérables des épargnes en comptes de dépôt (ou équivalents) vers les investissements industriels en appliquant une politique fiscale favorable au financement des PME-PMI initiatrices de productions innovantes. Il ne faut jamais oublier que ce sont les PME-PMI qui sont les principales créatrices d’emploi. Or, les ménages européens « stockent » leur épargne importante dans des placements sans risque plutôt que de la diriger vers l’investissement à risque. C’est ce processus qu’il faut inverser. Sur ce point, on se rappellera que le redéveloppement de l’industrie est indispensable pour offrir des opportunités d’emploi aux nombreux chômeurs et jeunes peu qualifiés.

 

D.   ET KEYNES DANS TOUT ÇA ? 

1.    Les PIB sont en berne et le chômage en croissance, voilà bien une situation qui demanderait une politique keynésienne expansionniste financée par l’emprunt pour injecter, par des grands travaux, des revenus dans la population et l’amener à consommer, donc à augmenter la demande, ce qui relancerait la machine, la croissance et l’emploi (PIB et emploi sont en excellente corrélation). Ce serait logique et possible si nous nous trouvions à la fin d’un cycle conjoncturel au cours duquel l’équilibre budgétaire aurait été préservé et la dette publique maintenue sous les 60 % du PIB.  Ce n’est vraiment pas le cas européen.

2.    Dans la situation que nous connaissons, avec déjà des dettes privées, des dettes publiques et des déficits budgétaires excessifs nés de notre surconsommation à crédit, une politique keynésienne qui regonflerait la demande par l’accroissement des revenus financés par l’emprunt serait illogique et contre-productive. Cette politique dite de « relance de la demande » détruirait tous les ajustements et assainissements structurels réalisés et en cours de réalisation. En fait, les Etats ont choisi une « politique de relance par l’offre » visant à réduire les coûts, à redresser la compétitivité et la productivité des entreprises et des économies nationales ainsi qu’à compléter les ajustements en cours. Ce n’est que par ces efforts, pénibles à de nombreux égards, que l’Europe pourra reprendre une place significative dans la concurrence mondialisée. 

 

Partager cette page

® G&H Consulting sprl- Avenue Franklin Roosevelt 104 bte 6 - 1330 Rixensart ° Conditions générales