Business Notes No 41

A.           CONJONCTURE :  UNE CROISSANCE MOLLE ET FRAGILE

1. La « météo » conjoncturelle est à « reprise terne ». Elle est caractérisée, d’une part,  par un taux de croissance qui se tasse dans les pays émergents et en développement (+ 5% en moyenne) et, d’autre part, par une croissance qui accélère lentement mais reste faible dans les pays développés (+ 2 % en moyenne). En synthèse, ce sont maintenant les pays développés qui tirent mollement la croissance mondiale. Cela conduit à percevoir que cette croissance mondiale atteindra difficilement  + 3,5 % du PIB en 2014.

2. Nous sommes au bout de la chaîne des crises spécifiques : crise de bulle immobilière produisant une crise des banques créancières suivie de la crise financière puis de la crise économique suivie de la crise budgétaire et enfin d’une crise sociale. Conséquence ? Ce sont les risques géopolitiques et sociaux actuels qui créent l’instabilité et minent le niveau de confiance indispensable à la progression de l’investissement. Or, l’investissement, qui s’est fortement réduit depuis 2008, est indispensable à l’accélération de l’activité économique, qui seule générera une reprise sérieuse de l’emploi. Les taux de croissance faibles que nous connaissons ne semblent pas encore suffisants pour dynamiser l’investissement. Quelle est la situation ?

3. Pour la Zone euro, le - 1 % (décroissance) de 2013 sera enfin remplacé par un + 1,25 %, mais avec des disparités importantes entre les pays de la zone. Les USA atteindront probablement + 2,5 % de croissance malgré un très mauvais premier trimestre 2014. Pour le Japon on peut espérer + 1,5 % comme pour la Grande-Bretagne. On ne peut que répéter que les prévisions actuelles sont en ligne avec celles formulées il y a un an. La tendance est donc confirmée. Les économies développées se redressent doucement et les pays émergents ralentissent car leurs clients (les pays développés) ont freiné leur consommation.

4. Les bourses des actions après de belles performances se stabilisent. C’est que les investisseurs en produits financiers attendent de voir se confirmer les prévisions de croissance et de bénéfices des entreprises. Pour l’instant, les entreprises les plus puissantes font de la croissance externe financière. En effet, les acquisitions, fusions et absorptions se multiplient alors que des investissements destinés à accroître la production sont rares en liaison avec l’existence de surcapacités résiduelles. On continue donc à rationaliser l’économie réelle par l’investissement financier.

 

B. TROP PEU D’INFLATION ?  

1. Si l’activité économique reste faible c’est que la « Demande solvable», celle du consommateur qui est prêt à payer pour obtenir un bien ou un service, reste faible. Le consommateur est prudent et attentiste. Les rémunérations n’ont aucune perspective de croissance à court terme d’autant plus que les destructions d’emploi sont nombreuses. Donc le consommateur épargne. Il n’achète que pour remplacer ce qui est usé. Dès lors, la concurrence entre producteurs, importateurs et distributeurs est âpre et leur impose de pratiquer des prix bas. L’inflation est par conséquent et logiquement très faible (moins de 1 % sur un an, pratiquement nulle ces derniers mois).

2. En macro-économie on n’aime ni l’inflation au-delà de 2 % (surtout si les rémunérations sont indexées) car cela diminue la compétitivité des entreprises, ni l’inflation trop basse car cela risque de conduire à la déflation, « l’inflation négative ». La déflation freine encore plus l’activité économique et détruit encore plus d’entreprises parmi les plus fragiles. Celles-ci, prises dans la tourmente, ne peuvent pas résister à la concurrence, licencient et disparaissent. Le mouvement de chute des prix, des emplois et des revenus a alors tendance à s’auto-entretenir. C’est la « spirale déflationniste », le contraire de la « spirale inflationniste ».

3. Actuellement, c’est bien d’un risque de déflation dont l’OCDE, le FMI et la BCE parlent.  La Grèce, Chypre et la Bulgarie en souffrent. L’Espagne et le Portugal y sont pratiquement. Partout les secteurs des télécoms, de la publicité, du conseil aux entreprises, l’agriculture et l’industrie manufacturière sont déjà touchés par des baisses de prix, mais globalement on est encore en processus de « désinflation ». Il faudra cependant que les banques centrales, et en particulier la BCE, puissent relancer quelque peu l’inflation.

4. Les « politiques monétaires accommodantes non conventionnelles » devront donc se poursuivre, puisque le spectre dangereux de la déflation plane au-dessus de nos têtes. Il faut continuer de soutenir l’économie réelle (sous-entendu la « non financière »). Ce sont les entreprises et les ménages peu endettés que les banques et les Etats doivent encourager à dépenser leurs revenus et à investir. Actuellement, c’est, semble-t-il, bien difficile à réaliser car les demandes de financement appuyées par des projets et des plans financiers solides sont rares. 

 

C. DEFLATION : PLUS D’INCONVENIENTS QUE D’AVANTAGES 

1. Lorsque les prix montent, les rémunérations finissent par suivre. Le ménage qui a des dettes importantes reçoit plus de revenu et la part de ce revenu qu’il doit consacrer au paiement de ses mensualités diminue. Son ratio dettes / revenus diminue. Il dispose de plus de revenu nominal résiduel disponible pour ses autres dépenses ou son épargne. L’ambiance y est plus optimiste et la confiance dans l’avenir plus élevée.  Même chose pour les Etats …et les entreprises. L’inflation augmente mécaniquement les recettes (fiscales et commerciales) ce qui facilite le management budgétaire et améliore la solvabilité (réduction du poids relatif des remboursements de dettes par rapport aux recettes). Les ménages, les entreprises et les Etats les plus fragiles sont donc soutenus par l’inflation. La Demande solvable se développe suivie par l’amélioration des chiffres d’affaires, de l’emploi et par conséquent du taux de la croissance.

2. Par contre, en période de déflation les revenus stagnent. Puis diminuent et toute dette devient de plus en plus lourde à assumer. Le pessimisme se développe et les perspectives s’assombrissent. Les comportements d’achat changent, la chasse au prix le plus bas devient la règle. Le moindre accident de parcours qui génère une dépense exceptionnelle conduit à un accroissement du ratio dettes/revenus. Comme la Demande solvable se réduit, les entreprises s’étouffent et les licenciements de restructuration ou de liquidation se multiplient. Les Etats se voient confrontés à un accroissement de la « Demande non solvable » qu’ils se doivent d’assumer pour éviter les explosions sociales et la montée des extrêmes.

3. Comme on l’aura compris, il vaut mieux une inflation dans les 2 % plutôt qu’une déflation de 1 %. Bon courage à la BCE et à Mario DRAGHI son président. L’idéal serait que l’inflation atteigne 3 % dans les pays du Nord de l’Europe et qu’elle reste encore faible dans ceux du Sud jusqu’au redressement de leurs compétitivités respectives.

 

Partager cette page

® G&H Consulting sprl- Avenue Franklin Roosevelt 104 bte 6 - 1330 Rixensart ° Conditions générales