Business Notes No 35

 

A. CONJONCTURE : LES TAUX DE CROISSANCE CONTINUENT DE SE TASSER

1. L’économie de l’Europe de l’Ouest de 2012 sera marquée par une croissance moyenne nulle. Le Luxembourg atteindra encore une croissance de 2 %, mais l’Allemagne sera à 0 %. La Belgique entrera en récession avec –1 % de PIB. L’Italie, l’Espagne et le Portugal subiront un freinage à -2 %. La Grèce sera à –3 %.

2. Les Etats-Unis redémarrent doucement avec une prévision de 2 % de croissance. Cela évitera que la décroissance européenne s’accentue. En Europe centrale, en Asie et en Amérique du Sud les taux de croissance diminueront mais resteront favorables.
 

B. OÙ EN SOMMES-NOUS DANS L’EVOLUTION DE LA CRISE ?

1. Nous commençons à souffrir vraiment des conséquences des secousses successives nées des « subprime mortgages », ces crédits hypothécaires trop risqués mais accordés quand même et devenus, en 2007, malheureusement pour leurs bénéficiaires, des créances irrécupérables pour les institutions financières.

2. De l’éclatement des bulles immobilières américaine, irlandaise, espagnole et portugaise est née une crise des institutions financières qui avaient accordé ces crédits hypothécaires trop risqués. A suivi, en toute logique économique, une crise boursière qui anticipait la chute de l’activité économique globale. Aujourd’hui, ce sont les faillites d’entreprises, le chômage, l’inflation, la pression à la baisse sur les rémunérations réelles et les pensions qui génèrent une tendance à la crise sociale et une fragilisation des démocraties (montée et banalisation des populismes et des nationalismes).

3. Cependant, le redressement des bourses depuis le début de l’année, même s’il est dopé par la baisse des taux d’intérêt, peut laisser espérer que la récession ne se creusera pas et que la stabilisation et la reprise ne sont pas trop éloignées. On se rappellera que si les marchés sont par essence spéculatifs, ce qu’ils cotent ce n’est pas la valeur actuelle réelle des entreprises et des créances sur les Etats, mais bien les « valeurs actualisées » des « valeurs futures » estimatives de ces biens et créances.
 

C. ET LES DEFICITS BUDGETAIRES DANS TOUT ÇA ?

1. Tout le monde est censé le savoir et les radios le répètent régulièrement « emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent ». Le coût de l’argent emprunté c’est les intérêts à payer, mais il y a aussi les remboursements du capital à assumer. A mon avis, les parlements qui ont voté, pendant de nombreuses années, des budgets déficitaires en période économique correcte, sinon favorable, n’étaient pas au courant, malgré les critères de Maastricht que tous les Etats de la Zone euro avaient acceptés. Ces critères sont pourtant très clairs : la dette publique doit rester ou devenir inférieure à 60 % du PIB (on est à 90 % en Belgique, mais on a été à 120 % il y a une trentaine d’années), le déficit annuel du budget ne peut jamais dépasser 3 % avec une inflation limitée à 2 %.

2. Puisque les Etats n’ont pas respecté ces critères, ils se trouvent maintenant soumis non plus à un jugement sur des critères idéaux, mais sur une obligation formelle, liée à un traité qui formule une « règle d’or ». Les élus du peuple ne pourront plus voter que des budgets équilibrés. S’ils veulent que l’Etat dépense beaucoup, très bien, mais à eux d’obtenir d’abord des recettes équivalentes, sans avoir recours à l’emprunt. Cela signifie qu’ils devront, à l’avenir prendre leurs responsabilités politiques pour financer correctement les dépenses de fonctionnement qu’ils voudront assurer. Ils ne pourront plus « discrètement » hypothéquer l’avenir de la population. Par un système de navette budgétaire entre l’UE et les parlements nationaux, l’UE contrôlera la qualité des budgets de ses membres et la bonne application de la règle d’or.

3. Le modèle de la consommation à crédit financée par des emprunts internationaux, tant directement pour l’Etat qu’indirectement pour les entreprises et les ménages est proscrit. Importer « sans compter » en finançant ces importations de manière permanente par le crédit accordé par les pays « grands » exportateurs nets, n’est évidemment pas tenable à long terme. Les Etats devront rétablir leurs balances commerciales. Importations et exportations devront tendre à s’équilibrer.
 

D. ET COMMENT ON FAISAIT AVANT ? COMMENT FAIRE DEMAIN ?

1. Avant, c’est avant l’euro. Quand, dans un Etat européen (appelons le « Y »), la valeur de sa consommation interne dépassait durablement la valeur de sa production interne, c’est qu’il dépensait sans compter en important inconsidérément. Sa monnaie se dépréciait sur le marché des changes car les créanciers des autres pays n’acceptaient plus cette monnaie à risque en paiement. Toute importation devenait plus coûteuse pour « Y ». Par contre ses exportations devenaient plus faciles. Dès lors, « Y » importait moins et exportait plus. La population devait automatiquement se serrer la ceinture. Le système se régulait progressivement. Si la situation était trop grave, l’Etat « Y » dévaluait fortement sa monnaie, ce qui menait à la même tendance.

2. Aujourd’hui plus question de jouer à la dévaluation, seul dans son coin. Comme beaucoup de pays européens ont des « problèmes d’équilibre budgétaire », la solution est commune, on laissera filer un peu l’inflation (à 3 ou même 4 %) pendant le temps nécessaire au redressement des finances publiques les moins malades. En effet, lorsque l’inflation monte, les taxes et les impôts s’accroissent et l’Etat, qui bloque par ailleurs ses dépenses, obtient plus de recettes ce qui rééquilibre son budget.

3. L’existence du tout nouveau « FMI européen » que nous appelons le MES (Mécanisme européen de stabilité), doté de 800 milliards € de capital et qui va fonctionner comme une banque, pourra faire les soudures indispensables. Comme banque, le MES pourra émettre des euro-obligations nécessaires pour mener à bien sa mission d’aide au redressement des finances publiques. L’Espagne, l’Italie, le Portugal, etc. risquent d’avoir besoin d’un coup de main venant du MES. C’est un véritable mouvement de fond dans le sens de la solidarité européenne et du fédéralisme européen. Ce choix était devenu indispensable pour calmer les marchés. Ils disposent toujours de moyens de financement importants mais ne veulent plus prendre des risques inconsidérés face à des politiques laxistes (tant les hommes politiques que leurs choix de gouvernement).

4. Les pays hors Europe, gros exportateurs et donc automatiquement grands prêteurs aux pays en déficit vont devoir réorienter leurs économies vers un modèle moins exportateur et qui soutiendra plus leur consommation interne en laissant filer un peu les salaires de leurs travailleurs. De son côté, l’Europe va devoir réindustrialiser son économie pour être moins importatrice et plus exportatrice, mais aussi et surtout pour pouvoir mettre au travail la part importante de sa population qui n’a pas les formations requises pour assurer des jobs de pointe.

 

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