Business Notes No 36

 

A. CONJONCTURE : LES TAUX DE CROISSANCE CONTINUENT DE SE TASSER

1. Comme prévu il y a 3 mois, la croissance moyenne nulle en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et en général dans la Zone euro confirme le tassement de l’économe de l’Europe de l’Ouest. En outre, cette économie molle en Europe se combine avec une activité qui ralentit partout dans le monde. Tel est le diagnostic global. Le Fonds Monétaire International a d’ailleurs réduit les prévisions de croissance mondiale 2012 à 3.5 % en fonction de la faiblesse de l’activité européenne.

2. La Belgique comme les Pays-bas, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni sont en légère récession avec –1 % de PIB. Les Etats-Unis et le Japon croissent à 1,5 %. Heureusement, l’Europe centrale, l’Asie et l’Amérique du Sud conservent des taux de croissance plus élevés.

3. Les taux de chômage élevés et persistants dans de nombreux pays indiquent l’ampleur de la pente qu’il faudra remonter pour revenir à une activité économique socialement acceptable. L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, le Luxembourg, le Japon, le Royaume-Uni ont 5 à 6 % de sans-emploi dans leur population active. C’est le taux « normal » du chômage frictionnel dans une économie qui n’est pas en surchauffe. Par contre, les USA et la Belgique sont à 8 %, l’Italie et la France à 10 %, l’Irlande et le Portugal à 15 %. La Zone euro dans son ensemble est à 11 % avec les cas socialement effrayants et économiquement intenables de la Grèce (20%) et de l’Espagne qui dépasse les 25 % de chômeurs.

4. Les réalités régionales sont pires encore : en Espagne, Valence, l’Andalousie, Ceuta et l’Estrémadure dépassent les 50 % de chômeurs ; en Grèce, les trois Macédoines (occidentale, centrale et orientale) dépassent aussi les 50 % ; pour la France, La Réunion, la Martinique et la Guadeloupe sont à 55 %.
 

B. CRISE DE L’EURO ?

1. Il n’y a jamais eu de crise de l’euro. Tout au contraire, l’euro a été surévalué dès sa création. C’est une monnaie forte qui a fragilisé une économie européenne globalement peu dynamique et trop peu souple (hors Allemagne).

2. Cette surévaluation de l’euro a favorisé nos importations qui sont devenues moins chères mais a défavorisé nos entreprises exportatrices (= vente hors des frontières de l’Europe) dont les produits sont devenus trop chers. Même nos industries tournées vers le marché intérieur sont devenues de moins en moins compétitives face aux produits importés. Le mouvement d’externalisation de nombreuses productions européennes, les délocalisations complètes et finalement un mouvement de désindustrialisation de l’Europe en sont les conséquences les plus visibles et les plus logiques.

3. Heureusement, depuis quelques mois l’euro se tasse par rapport aux autres monnaies. Il est maintenant à environ 1,22 $ pour 1 € soit +/- 8% de moins qu’il y a un an. C’est la méfiance grandissante des marchés financiers vis-à-vis des dettes publiques (dites souveraines) des états européens qui est à l’origine de cette chute. Or, ces dettes continueront de croître tant que les déficits budgétaires subsisteront,. Moins de 1.25 $ pour un € c’est tant mieux pour nos entreprises exportatrices et tant pis pour les consommateurs qui paieront plus cher les produits importés.

4. Il pourrait y avoir une crise de la Zone euro et des chocs consécutifs sur l’euro lui-même. La menace qui pèse aujourd’hui vient d’un euroscepticisme financier et politique croissant né de la difficile gestion des dettes souveraines et de la contamination du doute même dans les pays les plus solides. Avec leurs « Etats providence aux poches vides » (L’expansion ; mars 2012 ; p. 35), certaines populations, gâtées pendant de nombreuses années, sont maintenant furieuses des efforts, à long terme, qui leurs sont demandés pour réindustrialiser suffisamment les économies européennes, réduire le chômage endémique et redresser les finances publiques délabrées. Ces populations pourraient démocratiquement exiger de sortir de l’euro soit pour pouvoir rapidement redresser le système national en pratiquant de fait une « dévaluation compétitive » et un recentrage nationaliste, soit ne pas devoir subir les conséquences du laxisme financier des pays les plus endettés.

5. Des sondages, qui ne valent cependant pas référendum, montrent que les Finlandais préfèrent sortir du système financier de l’euro plutôt que de devoir « payer » pour éponger les dettes publiques des autres pays. A 51 % les Allemands semblent du même avis. Les Néerlandais commencent à y penser. Les Italiens à 56 % semblent regretter leur entrée dans l’euro. Ouf, les Grecs qui vivent une grande dépression semblent avoir compris que sortir de l’euro produirait un désastre encore plus grand.
 

C. QUE FAIRE D’URGENCE ?

1. Ecouter Mario DRAGHI le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) lorsqu’il dit que les gouvernements de la Zone euro doivent se tenir prêts à aider vigoureusement l’Espagne et l’Italie dans leurs efforts de redressement. Le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) et le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) ainsi que la BCE elle-même doivent pouvoir acheter sur le marché de la revente (marché dit « secondaire ») les titres des emprunts des pays les plus fragilisés dont les créanciers veulent se débarrasser. Cela calmera les taux d’intérêt appliqués aux nouveaux emprunts. Cette action est indispensable pour assurer la stabilité du système financier européen. Hollande et Merkel apparaissent enfin d’accord pour protéger à tout prix la Zone euro et préserver l’euro. Septembre sera le mois des grandes manoeuvres.

2. Etre prêt à aider les banques européennes en difficulté. Elles détiennent en portefeuille de grandes quantités de titres d’emprunts des états européens dont elles doivent, en toute logique, réviser régulièrement les valorisations et comptabiliser des réductions de valeur. Cela ampute d’autant leurs capitaux propres. Il est impérieux de les recapitaliser par l’intervention directe du MES. Les banques de la Grèce ont besoin de 30 milliards d’€ de recapitalisation ; celles d’Espagne de 25 milliards ; l’Italie et l’Allemagne de 15 milliards ; la France de 10 milliards ; la Belgique et le Portugal de 7 milliards. Oups !

3. Laisser filer l’inflation provisoirement (environ 3 %) pour que les débiteurs fragiles (ménages, entreprises, états) obtiennent plus facilement les revenus nécessaires au rééquilibrage de leurs comptes. Bien sûr, avec un taux d’inflation plus fort que le taux des placements sans risque il y a appauvrissement des épargnants. C’est une « coercition douce » qui punit ceux qui ne consommant pas leurs revenus ne soutiennent pas la demande. Certains disent que c’est une « répression financière ».

4. Continuer les efforts pour créer au plus vite une vraie Union européenne à quatre piliers : économique, financier, fiscal et politique.

 

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